15.10.2009

La domination masculine

Patric JEAN - documentaire Belgique/France 2009 1h40mn  -

On tient enfin le film indispensable, incontournable pour évoquer auprès de nos chères têtes blondes, brunes, rousses, noires, jaunes, café au lait… un sujet qui gangrène vos salles de classe de manière frontale ou plus insidieuse : le sexisme et son corollaire l’homophobie. La Domination Masculine a l’immense avantage de parvenir à montrer de manière simple, parfois drôle malgré la gravité du sujet, et à partir d’une enquête rigoureuse menée en France, en Belgique et au Québec, une évidence pourtant souvent contestée par les machos de tout poil : malgré les combats féministes et leurs acquis, nous vivons toujours, même en Occident, dans une société patriarcale, où dès le plus jeune âge les modes de représentation sexués sont imposés, où la représentation de l’homme et de la femme dans le monde du travail par exemple est extrêmement codifiée et où les violences faites aux femmes sont toujours un fléau et ce, contrairement aux clichés, dans tous les milieux sociaux.

Le film commence avec humour par une incursion dans une clinique de chirurgie très spéciale où les messieurs se sentant insuffisamment pourvus par dame nature viennent gagner un peu de virilité. Et il est assez fascinant de voir combien ceux qui se croient inférieurs de quelques deux ou trois centimètres par rapport à leurs voisins se sentent profondément diminués, pathétique conséquence des schémas véhiculés régulièrement sur la masculinité. Puis le film s’en va dans un magasin de jouets où l’on constate atterrés combien les fabricants perpétuent les clichés sexistes, prévoyant pour les petites filles des machines à laver miniatures ou des fers à repasser, des déguisements exclusivement de princesses tandis que les garçons seront eux des super-héros.
Puis, plus grave, le film aborde de manière bouleversante les violences faites aux femmes à travers le témoignage de victimes mais aussi d’un cogneur a priori repenti. Et il met en lumière la manière dont aujourd’hui tout un mouvement « masculiniste », particulièrement florissant au Québec mais qui essaime aussi en Belgique et en France (notamment par la bouche et les écrits puants d’Eric Zemmour), tente de relativiser la gravité des faits, faisant même des hommes de pauvres victimes, des « prédateurs sexuels castrés dans leur destin naturel ». Un discours qui tend à se banaliser et à se radicaliser. On est stupéfait d’apprendre que Marc Lépine, un psychopathe qui tua délibérément 14 femmes à l’Université de Montréal, par haine avouée du féminisme, fait l’objet d’un culte aujourd’hui… Une joyeuse bande de tarés qui bien qu’issus généralement des milieux d’extrème-droite, déclarent qu’une « victoire des islamistes permettrait une victoire des hommes ».

Autant dire que le film de Patric Jean, déjà auteur d’un film magnifique sur la criminalisation de la pauvreté (La raison du plus fort) a une valeur d’alerte essentielle alors que les témoignages du sexisme se multiplient en milieu scolaire et ailleurs.

Source : blog d'Anais Bohuon http://leblogducorps.canalblog.com

Commentaires

Dans cette période de « domination masculine » dans nos pays occidentaux modernes, n’est-il pas temps de s’interroger sur les violences faites aux femmes … et aux hommes et sur les différences hommes-femmes ?

Avec la libération de la femme et le culte de la spontanéité, y a-t-il, encore aujourd’hui beaucoup d’hommes qui n’ont jamais été insultés, voire même giflés, par une femme ?

La réponse risque d’être difficile à donner : les études ne concernent souvent que les violences faites aux femmes ! …

Mais peu importe, il n’est pas question de comparer des chiffres. Ces derniers, d’ailleurs, sont-ils si importants par rapport à la gravité du sujet, surtout s’il s’avère que les mêmes violences n’ont pas forcément des effets identiques sur les hommes et sur les femmes ?

Les violences physiques paraissent en effet beaucoup plus graves pour une femme que pour un homme. Les menaces seules, pour elle, sont déjà totalement destructrices. Avec la libération de la femme et le culte de la spontanéité, y a-t-il, encore aujourd’hui beaucoup d’hommes qui n’ont jamais été insultés, voire même giflés, par une femme ?

Pour un homme, les violences physiques ne sont pas insignifiantes mais ne l’atteignent guère autrement que physiquement …
Il n’en est cependant pas de même pour les insultes. Venant d’une femme, celles-ci l’ébranlent et il ressent comme un cataclysme qui le renvoie à sa castration psychique primaire, quand il s’est aperçu qu’il ne pourrait plus être comme sa première et parfaite référence : sa maman. Son impuissance devant ce qu’il vit comme un nouveau rejet, décuple sa colère et lui donne souvent envie d’utiliser ce qu’il possède : sa force physique.
Si la femme frappe la première, il est plutôt soulagé ! Les coups replacent le conflit dans un domaine connu par lui et où il a l’assurance de pouvoir répondre s’il le souhaite. «L’adversaire » revient alors « à sa portée », sur un terrain qu’il maîtrise. Souvent même, il n’éprouve plus le besoin de riposter où s’il le fait c’est pour la forme, pour sauver son honneur mais pas parce qu’il se sent menacé.

Une femme ne peut ressentir les effets de sa violence psychique chez un homme, pas plus qu’un homme ne peut ressentir les effets de sa violence physique chez une femme !
C’est la raison pour laquelle les hommes (niant la différence des sexes), ont pu penser (et certains le pensent encore) que leurs violences physiques sur une femme ne pouvaient être très graves, puisque pour eux, celles d’une femme, sur eux, ne l’étaient pas !

Aujourd’hui, certaines femmes n’ont-elles pas à leur tour tendance à croire que leur agression verbale d’un homme n’est qu’une affaire bénigne, parce que sur elles, la violence des mots peut être tolérable et n’est aucunement comparable aux violences physiques d’un homme ? ...

Ainsi par négation de la différence des sexes, des sexistes hommes ont tendance à dire que les femmes sont « inférieures » parce que fragiles physiquement et des femmes, toujours par négation de la différence des sexes, ont tendance à juger les hommes « malades » parce que fragiles psychiquement.
Dans notre société égalitariste, l’emploi du mot « malade » paraît plus correct que le mot « inférieur » mais il est pourtant plus pervers. En effet, il laisse supposer que l’homme pourrait se soigner et donc qu’il est responsable de sa fragilité psychique qui devient alors un défaut. Ainsi la dénégation de la différence des sexes permet de faire croire à une simple dénonciation des problèmes de certains hommes alors qu’il y a tout autant une infériorisation de l’homme différent et donc, là aussi, SEXISME !

Alors, pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux hommes, il faut certes les condamner mais ne faudrait-il pas aussi commencer par s’efforcer de respecter l’Autre différent ?

Pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux hommes, et respecter l’autre, ne faudrait-il pas aussi sortir de la facilité qui consiste à considérer le sexe opposé « inférieur » ou « malade » et s’efforcer de se comporter en adulte assumant nos différences, nos manques et notre « non toute-puissance » ?

Pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux hommes, pour respecter l’autre et assumer la différence, ne faudrait-il pas aussi sortir d’une idéologie dépassée ?
Le rêve d’un droit à une égalité impossible a permis, dans les pays occidentaux, de faire admettre la légitimité de l’égalité en droits. Celle-ci a encore des détracteurs qui nous obligent à ne pas baisser la garde, mais le maintien de l’utopie égalitariste n’entretient-il pas aujourd’hui, le ressentiment de femmes envers les hommes et d’hommes envers les femmes au lieu de favoriser le respect et le « vivre ensemble » ? …

Jean GABARD
conférencier et auteur de « Le féminisme et ses dérives. Du mâle dominant au père contesté ». Les Editions de Paris. http://www.jeangabard.com http://blogdejeangabard.hautetfort.com

Ecrit par : Jean Gabard | 01.11.2009

Merci pour cette réaction détaillée et argumentée ...Je crois qu'Elisabeth badinter a dénoncé les "dérives " du féminisme différencialiste ( modèle communautariste américain ) , étant elle "universaliste" ... dans Fausse route ...Ce n'est pas simple comme sujet et celà amène évidemment un débat . De plus sur un tel sujet comment réagir en toute objectivité , étant soi-même partie prenante ?
J'irai lire votre blog quand j'aurai un peu plus de temps et je vous recommande - en toute modestie - Etre humain au delà des appartenances , du philosophe Simon Laplantine .
Cordialement ,
Karine

Ecrit par : karine | 01.11.2009

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